L’Ecole et l’Atelier d’une part, et la Compagnie de l’autre, comme versant professionnel des activités déployées par Beatriz Borrajo.
Ses spectacles produits jusqu'ici, qu'ils aient impliqué des groupes de danseurs ou qu'ils aient été conçus sur le mode du solo (alors accompli par la chorégraphe elle-même), ont à cet égard tous témoigné d'une recherche homogène: il s'agit d'explorer les paradoxes intimes de l'être, et ceux du langage que son corps prononce.
Risquer son équilibre personnel dans l'espace commun, y développer des mouvements selon la présence ou l'éloignement de l'autre, et confronter ses propres limites à celles du groupe, tel est le jeu sur scène — et tel est l'enjeu pour le spectateur, qui voit se faire et se défaire les espaces de la solitude individuelle et de la communauté.
La chorégraphe porte un soin exigeant aux musiques dont elle nourrit son œuvre, soient-elles jouées sur scène ou reprises d'enregistrements précieux. Ses deux œuvres les plus récentes, Palabras et Soleá (été 2008), ont marqué la progression de Beatriz Borrajo vers son style propre. Rien d'extraverti chez elle qui le soit sur un mode confus, rien de spectaculaire aux fins de produire un effet superficiel, et rien qui serve à racoler le public.
Pour Beatriz Borrajo, il ne s'agit pourtant guère de travailler dans la sévérité, ni dans l'ascèse sèche, et moins encore dans cette raréfaction fabriquée du geste qui passe parfois, sur maintes scènes, pour un sommet de concentration signifiante.
Avec elle nous sommes plutôt dans le mouvement dessiné millimétriquement dans l'espace pour qu'en émane, en direction du spectateur, un sentiment profond: celui d'une proximité nette et vigoureuse avec la danseuse ou le danseur, et celui d'être amené par ce truchement jusqu'aux dialectiques élémentaires de la vie.